Costumes et Coiffes

Dans la Manche, comme dans d’autres départements, outre le fait qu’il marque la position sociale, le costume localise l’individu dans une aire géographique parfois très restreinte. Le costume du bord de mer diffère bien sûr du costume rural ou de celui d’une ville prospère.

L’évolution du Costume régional

Dès le début du XVIIIème, le costume régional est une véritable identité, les tissus coûtent chers, un marché d’occasion se développe, ralentissant la succession des modes. Avec le début de l’industrialisation, le nombre de pièces de vêtement dans les trousseaux augmente et les particularités locales diminuent.
C’est entre 1830 et 1850 qu’apparaissent les grandes coiffes, parfois exubérantes voire ostentatoires. Faisant suite aux bonnets montés de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, portés uniquement dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, elles sont le dernier élan d’un micro régionalisme.
Après la guerre de 1870, le port du costume se raréfie. Lors des grands mouvements du millénaire normand en 1911, les historiens sont allés rechercher dans les estampes et les textes les modèles perpétués jusqu’à nos jours par le folklore.
Au début du XXème, la mode impose la bonnette ou le bonnet du Cotentin noués sous le coup qui cohabitent encore parfois avec une coiffe simple en cotonnade.
Certaines femmes modestes ne possèdent qu’un seul bonnet. Elles en changent la garniture en y cousant une guirlande de roses sur résille, une gorgère (gros nœud sous le coup) ou des volants de mousseline. Bonnets et Bonnettes ont survécu jusqu’après la seconde guerre mondiale.

Le matériau du costume

Longtemps, seuls les matériaux textiles locaux, lin, chanvre, laine et poil de chèvre sont utilisés pour le costume populaire. A partir des XVIIIème et XIXème siècles, c’est principalement l’emploi du coton, associé à la mécanisation des techniques de filage, tissage et impression, qui va être à l’origine de nouveaux tissus, la siamoise (mélange de soie et coton ou lin et coton pour plus de solidité), les cotonnades, les velours de coton et les mousselines.
Les cotonnades sont de deux sortes : les rouenneries (du nom de la ville de Rouen, centre de fabrication) lorsque les fils sont teints avant d’être tissés, et les indiennes lorsque le tissu est imprimé après tissage.
A l’origine, les indiennes étaient des toiles de coton imprimées fabriquées en Orient et ramenés en Europe où elles connurent un grand succès auprès des élites aux XVIIème et XVIIIème siècles.
Dans un souci de protéger les manufactures françaises, elles furent interdites pendant presque un siècle ; l’impression sur coton sera à nouveau autorisée à partir de 1759.

Le costume au XVIIIème siècle

« Une sarge noire de Saint-Lô, tissée avec les laines les plus fines du Cotentin » pour la jupe noire, une jupe de dessous violet cramoisi, un corps baleiné (corsage corseté), un capot de camelot (pelisse en poils de chèvre) avec une tête de cape, un bonnet monté habillent la femme de rang social élevé, première moitié du XVIIIème siècle.
Si elle est d’un milieu plus modeste, la femme porte une jupe de drap rouge doublée de coton, ajoute par-dessus une jupe de drap noir les jours de cérémonie, un tablier d’étamine et une brassière de drap (corsage sans baleines), un mouchoir de cou en toile, un capot de camelot sans tête de cape, une cornette ou un bonnet piqué.
Riches ou pauvres, les unes et les autres aiment les couleurs vives, parfois elles adoptent les indiennes très colorées malgré une prohibition jusqu’en 1759, les plus hardies en font des mouchoirs de cou ou des tabliers.
Si la femme d’un notable est élégante, elle peut suivre la mode urbaine en portant une robe de soie ouverte sur une jupe ou un « corps de baleine » (corset) brodé.
L’élément novateur pour ce siècle demeure la coiffe de quelques femmes très aisées qui introduisent
des bonnets montés portant des noms étonnants comme la « respectueuse » (réservée aux femmes d’un certain âge), le « papillon » d’Avranches, la « grande volante » de Coutances, la « comète » de Valognes ou la « monte au ciel », laissant imaginer le redoutable vent normand jouer dans les dentelles et les rubans !
Certaines de ces coiffures sont à l’origine des coiffes populaires du XIXème siècle.

Les hommes quant à eux, portent, en dehors des jours de travail, tout simplement l’habit à la française,
Composé d’une chemise, veste et culotte complété par l’habit long, les distinctions sociales et locales se font grâce aux tissus.

Le costume au XIXème siècle

Une évolution sensible du costume marque la première moitié du XIXème siècle.
Si le droguet demeure le tissu le plus courant dans le département de la Manche, pour les tabliers, ce tissu très rude fait place petit à petit à la siamoise ou la cotonnade.
Le corsage porte deux noms différents selon qu’il est porté sur la jupe (canezou) ou sous la jupe (caraco).
Pour se protéger des intempéries, si la pelisse ou le « capot de camelot » sont encore portés ainsi que le tablier installé en « mantelet » chez les plus pauvres, les châles apparaissent chez les familles les plus fortunées, les plus pauvres l’adoptent également en le tricotant.
Les mouchoirs de cou se diversifient, le mérinos se substitue à l’indienne. Les collerettes ou tours de gorge, blancs, plissés ou assortis de dentelle font leur apparition dans les villes moyennes comme Saint-Lô ou Coutances ou dans certains bourgs.
A Granville, le capot ne cède pas sa place, il a une forme particulière, la capuche a une sorte de visière qui permet de s’abriter de la pluie et du vent, comme le dit R. du Coudray : « La Granvillaise savait merveilleusement le draper autour de ses hanches, le rejeter en écharpe sur son épaule et se faire de cette rude étoffe un manteau d’une élégance et d’une majesté imprévues ».
A Avranches, les femmes portent plus de robes que dans le reste du département.

Le costume masculin du XIXème siècle

Les tenues vestimentaires masculines qui ont marqué les souvenirs sont les fameuses blaudes et les blaudeaux que tous les groupes folkloriques arborent aujourd’hui.
La blaude se généralise vers 1830, longue avec de grands plis dans le dos, est attachée devant par une boucle et servait de veste aux plus fortunés.
Celles portées pour les cérémonies sont calandrées (la toile de coton est passée entre deux cylindres) ce qui lui confère un aspect brillant.
Ce qui caractérise la blaude normande par rapport à celles portées partout ailleurs ce sont les broderies au point de chaînette qui ornent pattes d’épaules, encolures, poignets, fentes des poches.
La blaude bleue sera remplacée par la blaude noire sans broderie qui deviendra le costume des maquignons reconnaissables ainsi sur les marchés aux bestiaux.
Le blaudeau plus court, dont les plis étaient tenus par une bande dans le bas, était porté par les domestiques.

Source :
Les costumes régionaux d’autrefois – Archives & Culture
Le costume normand – Alice Gandin

Grand diseu, p’tit faiseu.

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